Qu’entendez-vous par... Mon Cheval Est Mon Miroir ? !

(What Do You Mean... My Horse Is My Mirror?!)

 

C’est amusant. Je n’ai jamais remarqué que les quatre chevaux qui m’ont appartenu avaient le même problème... ils s’excitaient très facilement et étaient enclins à s’échapper avec moi. Tout ce que je pouvais penser était, “Pourquoi est-ce que je continue à choisir ce genre de cheval ?” Je sais maintenant que ce n’était pas par accident. Mes chevaux essayaient de m’apprendre quelque chose - si seulement j’avais pu être assez humble pour les écouter. Je l’ai finalement fait et c’est mon histoire pour apprendre à prendre ses responsabilités.

 

DE LINDA PARELLI

Pour une raison ou pour une autre, j’aimais avoir des chevaux difficiles. Il y avait quelque chose d’excitant d’avoir 600 kilos de muscles de cheval fougueux caracolant et s’ébrouant au-dessous de moi. Pendant des années, j’ai gagné des compétitions de saut, de cross-country et de gymkhana où je dirigeais bravement ces missiles.
Mes biceps étaient impressionnants. Une masseuse me demanda même un jour si je levais des poids ! J’étais fière de ma force. Je ne savais pas que j’étais forte aux mauvais endroits avec les chevaux.
Tout  allait bien jusqu’à ce que je décide de faire du dressage. Quand il était temps de demander à mes chevaux de se concentrer et d’être en harmonie avec moi, tout commença à tomber en pièces.
“Change de mors”, “Essaye des rênes allemandes”, “Longe-le avec un caveçon”, “Que penses-tu de cette martingale ou encore de celle-ci ?”, “Attache-lui la bouche pour qu’il ne puisse plus éviter le mors”.
J’ai suivi tous ces conseils. J’ai essayé toutes ces choses. Je pouvais tenir la bouche de mes chevaux fermée, leur tête baissée pour qu’ils travaillent dans la bonne position. Mais ils n’étaient pas heureux.

L’un d’eux, Regalo, commença même à empirer. Plus j’utilisais la force pour le faire obéir, plus il devenait explosif. Mon autre cheval, Siren, devenait par contre de plus en plus obtus. C’était comme s’il perdait son exubérance et son charisme naturel. Malgré cela, j’ai commencé à gagner des compétitions avec lui !
Alors que les mois passaient et que les problèmes de Regalo empiraient, j’ai commencé à entendre, “Ce n’est pas toi, c’est le cheval. C’est un cheval d’homme.” On me disait que si nous ne progressions pas, ce n’était ni de ma faute, ni de ne pas essayer.

Je devais prendre une décision : le vendre, le retirer (à 8 ans !) ou l’envoyer chez un entraîneur. Dans mon esprit, un entraîneur était hors de question. J’avais vu ce qui était arrivé aux chevaux désobéissants que mes amis avaient envoyés pour être “remis en place” ou “redressés”. Je n’allais pas faire passer mon cheval à travers ce genre de torture.
C’est juste quand je pensais que toutes les portes s’étaient fermées qu’une nouvelle s’ouvrit dans un contexte plutôt inhabituel.

J’ai vu une vidéo de Pat Parelli faire des “spins”, galoper, faire des changements de mains au galop, et des “sliding stops”... sans bride ! Je n’avais jamais vu quelque chose comme cela. J’étais triplement impressionnée car je savais ce qui m’arriverait si j’enlevais la bride d’un de mes chevaux.
Aucune importance que ce gars porte un chapeau de cow-boy, je devais en savoir plus. Je pensais vraiment qu’il devait détenir la réponse de tous mes problèmes avec Regalo.
C’est malheureux que j’aie dû être désespérée avant que je cherche vraiment la vérité. Si je n’avais pas eu de sérieux problèmes avec l’un de mes chevaux, je n’aurais probablement jamais pris garde au Natural Horsemanship. C’était bien trop différent du dressage et de mes buts... c’était en tout cas ce que je pensais.

Je suis arrivée au cours de Pat Parelli bien préparée. J’avais même une liste de tout ce qui n’allait pas avec mon cheval de façon à être certaine d’avoir une réponse à tous mes problèmes.
Mais rien ne m’avait préparé à la vérité.
Pendant les dix premières minutes, j’ai appris que mon cheval n’agissait que comme un cheval (une proie) et que j’étais le problème. Bien sûr Pat ne pointa pas son doigt directement, mais quand il commença à parler de quelques vérités à propos des personnes pensant et agissant comme des prédateurs autour des chevaux, j’ai vu toutes les petites choses que je faisais pour obliger mon cheval à répondre ou réagir négativement.
Pour être honnête, bien que les informations soient excitantes, c’était dur à avaler. Je poussais mes chevaux à s’échapper avec moi. Je ne savais pas communiquer avec mes chevaux. Je n’en savais pas assez pour les corriger, pourtant je gagnais des compétitions.

Je n’avais jamais pensé que je faisais quelque chose de faux lorsque l’un de mes chevaux me traînait alors que je le menais avec une corde ou qu’il ne pouvait pas rester tranquille pour être brossé... sellé... monté ou qu’il ne voulait pas charger dans la remorque. Et bien, j’ai beaucoup appris.
Maintenant que j’étais finalement confrontée à la vérité, mes leçons de responsabilités commencèrent.

 

Leçon No 1 : Regardez en moi d’abord.

Du point de vue de mon attitude, je devais changer. Premièrement je devais apprendre à voir comment mes chevaux percevaient les choses et de les regarder de leur point de vue. A quoi je ressemblais quand j’allais les chercher au pâturage ? Comment est-ce que je les préparais pour être sellés ? Est-ce que je les préparais ? De quoi avaient l’air les promenades pour mes chevaux ? Etaient-ils stimulés positivement par l’expérience ?

Tenir compte de ces responsabilités fut difficile. Je n’avais jamais eu le sentiment que mes chevaux n’avaient pas de plaisir. Ensuite vint la question “Comment ?” Comment puis-je faire juste avec mes chevaux ?

La réponse était de penser comme un cheval moi-même. Pour arriver à cela, j’avais besoin d’apprendre leur psychologie... pourquoi ils font ce qu’ils font. Je devais apprendre à communiquer comme les chevaux communiquent : utiliser le langage corporel ; comprendre qu’ils sont motivés par le confort et pas les éloges.

Je devais réaliser que les chevaux sont des animaux qui adorent jouer et qui ont besoin d’exercices pour stimuler leur esprit - pas seulement du travail physique. J’ai appris à jouer des jeux avec mes chevaux. J’ai commencé à leur faire faire des exercices qui les aidaient à penser et qui les aidaient à devenir plus courageux. J’ai commencé à les envoyer sur, sous et à travers des obstacles qui les auraient normalement terrifiés !

Après que je sois devenue moins stricte et moins critique de leurs performances, ils devinrent moins tendus et plus positifs. Ils commencèrent en fait à avoir du plaisir avec moi. Ils venaient même me rencontrer au portail, pour changer !

 

Leçon No 2 : ne pas blâmer le cheval.

Je pense que de ne pas blâmer le cheval fut la partie la plus difficile. J’ai dû oublier tous les noms qui m’avaient été enseignés pour décrire un cheval. J’ai dû arrêter de les catégoriser comme : tireur, rueur, décampeur, etc... Je me suis dit, “Si un cheval ne fait rien de cela quand je ne suis pas là, peut-être que je dois prendre quelques responsabilités pour ces actions. - Hmmm.” C’était une pensée difficile à accepter.

J’ai appris dans un séminaire (qui n’avait rien à voir avec les chevaux) que si vous n’êtes pas part de la solution, vous êtes part du problème. J’ai finalement dû admettre que, dans mon cas, c’était vrai. Je ne pouvais plus blâmer mes chevaux. Pendant que j’étais occupée à suivre des conseils concernant les mors et les martingales, je manquais une opportunité de gagner des connaissances.

Afin de devenir part de la solution, je devais comprendre pourquoi mes chevaux se comportaient de si mauvaise façon. Les chevaux sont des créatures extrêmement sensibles. Leur première défense est de s’échapper. La seconde est de rester et de se battre. La peur, la frustration et la confusion produisent la même réponse du cheval. Je voyais pour la première fois que mes chevaux n’étaient pas méchants... ils étaient confus et frustrés.

J’ai découvert que je n’étais pas clair en communiquant. Je n’utilisais même pas le bon “langage” pour un cheval. J’utilisais seulement une série de coups dans les côtes et dans les rênes. Mes mains et mes jambes pouvaient m’aider à diriger mes chevaux, mais ils ne comprenaient pas quand j’utilisais les rênes pour les arrêter car mon corps continuait à avancer. Mon corps ne s’arrêtait jamais de monter.
La vérité est que je n’ai jamais cru que mes chevaux s’arrêteraient. Mon assiette était continuellement tendue ! J’avais en moi cette anticipation que le cheval allait s’échapper si je lui laissais la moindre chance, alors mes émotions étaient toujours engagées ainsi que mon postérieur. J’ai dû apprendre à m’affaler... à exagérer mon langage corporel pour ne plus avoir de vie intérieure. Vous savez comme il est difficile d’apprendre à un cavalier de dressage à s’affaler ? !

La raison pour laquelle mes chevaux tiraient était que je ne les aidais pas à surpasser leur claustrophobie et à leur apprendre à céder à la pression plutôt que de s’y opposer.

Pas une de mes leçons d’équitation, que je prenais depuis l’âge de 9 ans, m’apprirent cela. Je l’ai appris d’un “cow-boy”, d’un Horseman Naturel.

 

Leçon No 3 : me prendre en main !

J’ai dû apprendre à rester mentalement, émotionnellement et physiquement calme quelle que soit la situation. J’ai dû prouver à mes chevaux que je n’allais pas me crisper, devenir méchante ou m’énerver contre eux. J’ai finalement compris que leurs soi-disant mauvais comportements étaient seulement leurs mécanismes de défense. Ils se comportaient ainsi car ils étaient effrayés, confus ou frustrés par mon inhabilité à les comprendre et à leur communiquer efficacement ce que je voulais.

J’ai dû aussi être capable de les corriger lorsqu’ils étaient irrespectueux, sans qu’ils pensent que je devenais méchante. C’est un art d’apprendre à devenir un Horseman, naturellement.

J’ai réalisé que plus j’apprenais sur la psychologie équine, sur les techniques et les outils de communication (plutôt que des aides artificielles), plus je devenais confiante. Je commençais à savoir que faire quand les choses n’allaient plus bien... et j’ai arrêté d’être tendue.

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Je suis attirée par une certaine sorte de chevaux... grands, très fougueux, sensibles. Absolument le mauvais genre pour quelqu’un qui n’est pas un Horseman ! Mais, si je n’avais pas été confrontée à un problème que je voulais résoudre à tout prix, je n’aurais jamais regardé en dehors du manège de dressage, et certainement, je n’aurais jamais pensé devenir un Horseman ! Je ne savais même pas que je n’en étais pas un.

Pour cela, je remercie mes chevaux. Ils m’ont aidé à ouvrir mon esprit. Ils m’ont aidé à dépasser cette barrière Anglais-Western. Ils m’ont beaucoup appris sur moi-même. Qui aurait pensé que mes plus grandes leçons de développement personnel viendraient de mes chevaux ? Et je suis redevable à l’homme qui me mena à la vérité, Pat Parelli.

Je n’ai pas abandonné le dressage ! J’ai juste changé mon approche. Je le fais naturellement, maintenant, utilisant des stratégies et des exercices latéraux qui développent l’harmonie et la finesse, de cette façon, quelles que soient mes demandes, elles sont toujours suivies avec plaisir... changement de main au galop en vol, passage, arrêts tranchants... avec seulement dix grammes ou moins de pression. Et c’est un plaisir complet pour moi et mon cheval !

Donc, si vous voulez savoir comment je vais, regardez mes chevaux. Ils vous le diront. Car ce sont mes miroirs. Ils vous diront comment je me comporte ces jours, et comment se passe mon voyage pour devenir un Horseman Naturel.

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C’était l’article complet paru dans le Natural Horseman Vol.1 Issue 1
 (juin 1995)